Patrick Harris dans le nouvel observateur

Patrick Harris est coach depuis 20 ans. Ce n’est donc pas l’un de ces « Pick-up Artist » en vogue depuis les années 2000 aux Etats-Unis. Et pas question pour lui d’être assimilé à ces séducteurs à l’américaine, aux techniques qu’il juge inadaptées en France. Ce grand brun à la voix enveloppante, ancien directeur du département séduction du mensuel masculin « FHM » offre, lui, une méthode personnelle et frenchie, affinée au gré de ses multiples conquêtes et de ses lectures psychologiques. Elle s’applique aussi bien aux hommes qu’aux femmes, et doit leur permettre de « trouver les personnes qui leur correspondent ».

On n’a pas tous la même âme soeur

Pour Patrick Harris, le monde se divise en deux grandes catégories de personnes : les « communicants » et les « affectifs ». Ce qui les distingue ? Les premiers ont une grande confiance en eux. Ils aiment discuter, s’amuser, nouer le contact… Et voient le jeu de la séduction comme un défi qui vise à « gagner ce qui a de la valeur ». Animal fétiche : le chat, « énigmatique et insaisissable ». Exemple de femme « communicante » (communicante extrème: 5% de la population) : Sharon Stone, qui confie « les hommes m’ennuient profondément quand ils se mettent en tête de me convaincre de leur amour pour moi ».

Les « affectifs », eux, sont plutôt moins sûrs d’eux. Ils ont au contraire besoin de plus de tendresse et cherchent à séduire pour être aimé. Animal fétiche : le chien cette fois, affectueux et naturellement fidèle. Ils s’identifient davantage à Pamela Anderson, qui déclare: « S’il y avait un seul homme sur terre, je voudrais que ce soit un romantique ».

Se situer dans la faune

A partir de cette scission originelle, le coach dégage sept comportements sociaux, parmi lesquels les « faux-communicants« , les « intermédiaires » ou encore les « affectifs extrêmes ». La première étape du coaching consiste donc à se situer dans cette faune de caractères, ce qui va permettre à Patrick Harris de décrire ensuite l’image de la femme ou l’homme idéal à rencontrer. Les affectifs s’entendant mieux entre eux qu’avec un communicant, il ne s’agirait pas de marier les chiens avec les chats !

Il existe en outre une géographie des comportements. Sur la mapmonde du spécialiste, les communicantes sont majoritaires aux Etats-Unis, contrairement à la France où, pays du romantisme oblige, on trouve 75% d’affectives. Voilà pourquoi, selon lui, les techniques américaines comme le « Neg » de Mystery, les tests psychologiques de Neil Strauss ou encore le macho marrant de DeAngelo ont peu de chance de marcher de ce côté de l’Atlantique. Elles pourraient même blesser certaines femmes, trop entières pour apprécier ces méthodes.

« Nous sommes des animaux à 90% »

Une fois le positionnement défini, vient la phase de coaching (et de formation) à proprement parler. Patrick Harris initie alors son élève à « l’univers de la séduction », en lui apprenant « lois du désir », méthodes de communication et certains aspects du « body-language » (language du corps). Il apprendra par exemple que la séduction est une question d’instinct : « Nous sommes des animaux à 90% », déclare-t-il car « c’est notre inconscient (qui compose 90% du cerveau) qui décide de tout, et notamment des émotions ». (ce qui est aisément démontrable : une personne en haut de la tour Eiffel ressent cette peur que l’on appelle le vertige, alors qu’objectivement, c’est à dire consciemment, cette peur est inutile, puisqu’il y a une grille, le sujet ne peut pas tomber ! Mais l’inconscient fait l’association entre le vide et la mort, et puisqu’une de ses fonctions est de nous protéger, il génère les émotions de la peur. CQFD) Séduire et éveiller le désir chez l’autre revient ainsi à convaincre son inconscient que l’on est un homme ou une femme digne d’intérêt : un « bon papa » cultivé, sensible, éventuellement un peu autoritaire, ou une femme capable de faire de « beaux bébés »…

Pour convaincre cet inconscient « animal », Patrick Harris apprendra au coaché une dizaine de principes dits de « persuasion », issus de la psychologie sociale. Exemple : la sympathie, l’autorité, le « contraste »… S’il n’est pas très éloigné en cela de l’approche de la « Speed Seduction » de Ross Jeffries, le premier Pick-up Artist américain, lui revendique une méthode 100% personnelle et testée sur le terrain.

Le « contraste » par exemple s’inspire d’une méthode de psychologie sociale dite de la « porte au nez« . Il s’agit pour le dragueur de faire une demande exigeante à sa cible. Du type : « Il faudrait vraiment qu’on parte une semaine en Espagne ensemble ». Refus garanti. C’est alors qu’il dégaine une nouvelle proposition, réaliste cette fois : « Tant pis, mais allons au moins prendre un café dans la semaine ». Plus difficile de refuser. Statistiquement, les réponses positives seraient beaucoup plus fréquentes dans ce scénario.

Une méthode pour vaincre sa timidité

Voilà pour la théorie. Mais la séduction ne va pas sans pratique. Les coachés doivent aller sur le terrain. Et sans leur maître, s’il vous plaît ! Les élèves d’Harris, surtout des hommes à ce stade, se lancent donc solo dans la rue, munis d’exercices à faire à la rencontre des femmes.

Comment arriver à vaincre sa timidité et aller aborder une inconnue ? C’est encore l’histoire d’une petite négociation avec son inconscient. Pour Patrick Harris, la peur est simplement une réaction de l’inconscient, qui s’affole devant une situation inconnue, un peu comme la peur du vide avant le saut à l’élastique. Contrairement à beaucoup de séducteurs pour qui la « peur de l’approche » est une fatalité, il suffirait selon lui d’éduquer son esprit pour s’en débarrasser définitivement.

Il prône ainsi une méthode en plusieurs points qui marcherait pour vaincre toutes les formes de timidité (et pour sauter à l’élastique) :

  • Raisonner et légitimer sa démarche : il faut se dire qu’on ne risque rien, que c’est normal de vouloir rencontrer quelqu’un.
  • Travailler progressivement : on demande d’abord son chemin ou de simples conseils, avant d’en arriver au numéro de téléphone.
  • Multiplier les expériences : plus on aborde de femmes, moins on a peur. (Avec la répétition, on fait comprendre à notre inconscient qu’il n’y a aucun risque à approcher une inconnue).
  • Pratiquer avec méthode : 1. « apparaître comme le fruit du hasard » ; 2. « briser la glace » avec un sujet de conversation quelconque ; 3. trouver un prétexte pour demander le numéro de téléphone.

Cette « approche indirecte » a le mérite de respecter les exigences féminines : être « aimées pour leur personnalité », ne pas sortir avec un dragueur ni « être prises pour des filles faciles ».

L’homme derrière la théorie

« Du haut de ses vingt années d’expérience, notre coach en séduction connait les rouages de la persuasion. Il a par ailleurs un  sens évident du rapport humain, prend les personnes dans leur complexité et les coache (en entretien particuliers) « jusqu’au succès ». »

Et après tout, son secret est peut-être dans cette empathie communicative et cet esprit de « motivation » qu’il dégage, plutôt que dans une méthode magique ou une théorie de la séduction. Est-ce aussi ce qui explique les 400 conquêtes qu’il revendique ? Pour le savoir, il faudra attendre le récit autobiographique de cette aventure, qui sortira en octobre et qui répond au doux nom de… « TableauX de chasse ».

Roch Mollero – Le Nouvel Observateur